Anglais intensif au primaire : l’illusion du choix

Le gouvernement vient d’annoncer sa décision concernant le programme d’anglais intensif au primaire. Il faut d’abord comprendre que cette annonce n’en est pas une : les Conseils d’établissement (CE) avaient déjà le pouvoir de refuser l’implantation du programme et, en ce sens, le programme n’a jamais été « obligatoire ».Voici ce qui est dit à l’article 74 de la Loi sur l’instruction publique (L.I.P). : « Le conseil d’établissement analyse la situation […]. Sur la base de cette analyse et en tenant compte du plan stratégique de la commission scolaire, il adopte le projet éducatif de l’école, […]. »

Notons que si le CE est appelé à voter l’implantation du programme ou non,  la L.I.P. ne prévoit cependant pas qu’il élabore un projet éducatif comme semble le suggérer la Ministre Malavoy. Un CE en a-t-il d’abord la compétence?

Notons également que la L.I.P. prévoit que le CE doit « tenir compte du plan stratégique de la commission scolaire » dans ses décisions. Simultanément à l’annonce de « l’assouplissement » du programme d’anglais intensif, le gouvernement annonce un nouvel objectif pédagogique touchant l’anglais à l’école française qui se lit ainsi : « être capables de se faire comprendre facilement par un interlocuteur anglophone en s’exprimant avec aisance et de le comprendre sans difficulté ». L’école française se doit donc maintenant de produire des élèves parfaitement bilingues… Voilà la seule nouveauté de cette annonce et elle est de taille. Le bilinguisme qui devra donc dorénavant faire partie du plan stratégiquede chaque commission scolaire dont les CE devront tenir compte dans leurs décisions.

En adoptant ce nouvel objectif pédagogique, le gouvernement se trouve donc à parler des deux côtés de la bouche : d’un côté il annonce un « assouplissement » qui n’en est pas un et de l’autre, il met en place un cadre qui fera en sorte que l’anglais intensif au primaire pourra difficilement ne pas être adopté. Il faut prévoir des luttes épiques au sein des CE et beaucoup de pots cassés au sein des équipe-écoles.

Notons enfin qu’en laissant les CE décider, le gouvernement prive les parents du droit de décider ou non s’ils veulent que leur enfant suive ce programme et il prive à mon avis les parents du « droit de faire éduquer leur enfant en français ». Un droit qui est pourtant garanti par la L.I.P.  Loin d’avoir réglé la question, en cherchant à ménager la chèvre et le chou et en se dérobant à sa responsabilité de gouverner, le gouvernement nous enfonce un peu plus dans la confusion.

Frédéric Lacroix
Citoyens pour un moratoire sur l’anglais intensif au primaire 

 

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