En passant

À quand le français intensif?

Lettre publiée dans Le Soleil | Le 9 décembre 2011

À tous les décideurs en éducation, en particulier à Line Beauchamp, ministre de l’Éducation

Nous avons pris connaissance du procédurier d’implantation de l’anglais intensif en 6e année. À la Commission scolaire des Découvreurs, il a été
prévu que cette implantation se réalise en trois ans.

Considérant que :

- ce ne sont pas tous les élèves qui sont capables d’acquérir les compétences disciplinaires d’une 6e année amputée de la moitié du temps d’enseignement;

- que les enseignants de 6e année ont déjà beaucoup à faire pour couvrir tout le programme en un an;

- qu’on ne sait pas si véritablement une majorité de parents souhaite l’implantation unilatérale de l’anglais intensif en 6e année au primaire;

- qu’il est déjà très difficile de recruter des enseignants de 6e année étant donné le programme surchargé, les examens du Ministère, les rencontres pour le passage primaire secondaire, etc;

- que cette décision d’aller de l’avant avec ce projet, sans consulter ni écouter les principaux concernés, c’est-à-dire les élèves d’abord, les enseignants et les parents ensuite, démontre une méconnaissance des besoins réels des élèves et un mépris de l’expertise des professionnels de l’éducation;

- que les enseignants en ont assez des «on verra après, on ajustera, on modifiera…finalement arrangez-vous avec ça, faites de votre mieux…» Cela est révélateur de la considération pour notre travail;

- qu’on n’a pas pensé à tous les élèves qui ont été intégrés dans nos classes et qui peinent déjà à faire leur année normalement souvent sans aide. Que feront nos TED, Asperger, TDAH, EHDAA, autistes ou autres enfants atteints à des degrés divers (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, dyscalculie…)?;

- que la qualité du français est déjà critiquée; on nous dit que nos enfants ne savent pas écrire leur langue maternelle;

- qu’actuellement, dans notre Commission scolaire, les élèves qui font partie d’un programme d’anglais intensif sont sélectionnés, triés tant au niveau des capacités qu’au niveau du comportement;

- qu’on n’a pas demandé l’avis des enseignants spécialistes en anglais;

Nous nous opposons donc massivement à l’implantation brutale, rapide et unilatérale de l’anglais intensif en 6e année.

De plus, nous nous interrogeons sur les points suivants:

- y aura-t-il encore des personnes intéressées à enseigner la 6e année compte tenu de la double tâche imposée? (deux classes);

- quels seront les critères de sélection pour l’embauche massive des enseignants d’anglais?;

- a-t-on déjà pensé, conçu, élaboré le programme d’enseignement de 6e année dans son ensemble ? Il faudra couper quelque part, mais où?;

- quels seront les changements effectués dans le régime pédagogique?;

- qu’adviendra-t-il des évaluations du MELS de la fin du 3e cycle du primaire? Seront-elles éliminées?;

- les élèves seront-ils prêts pour le secondaire ?

- a-t-on pensé à l’impact qu’une telle mesure pourrait avoir sur le décrochage scolaire?

Comprenons-nous bien. Nous sommes des enseignants qui sont aussi des parents et nous ne sommes pas contre l’apprentissage de l’anglais mais pas n’importe comment ni à n’importe quel prix.

À quand le français intensif?

S’il vous plaît, ceci est un débat de société: que veut-on pour nos enfants? Élèves, parents, enseignants, directions, exprimez-vous, donnez votre avis à votre école, votre conseil d’établissement, votre Commission scolaire.

Les indignés de l’éducation au primaire,

Ghislaine Taillon (enseignante) et les enseignants de l’école Marguerite-d’Youville

Cap Rouge

Source : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201112/09/01-4476377-a-quand-le-francais-intensif.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_points-de-vue_794_section_POS1

,

5 commentaires en réaction à À quand le français intensif?

  1. Andre Chevalier 12 mars 2012 au 8 h 37 min #

    Vous êtes rétrogrades. Spectacle désolant

    • Marie-Hélène Côté 12 mars 2012 au 11 h 37 min #

      …se battre pour conserver, améliorer et rehausser la qualité et l’utilisation de la langue française, c’est rétrograde?

      …se battre pour que nos élèves de 6e année atteignent les standards dans les matières de base (français, maths, science, histoire), c’est rétrograde?

      Vous savez, mettre à l’avant plan et prioriser la langue française, ne veut pas dire nier l’importance des autres langues. Au contraire!

      Avant de courir et de faire du vélo, un enfant apprend d’abord à marcher…

      Maîtriser sa langue maternelle, c’est mettre la table pour en apprendre d’autres, le moment venu.

  2. Anna Kowalczyk 13 mars 2012 au 7 h 31 min #

    C’est peut-être rétrograde de ne pas suivre aveuglément ce que les médias nous vendent comme indispensable pour la survie, d’avoir un peu de sens critique et de tenir à apprendre à marcher avant de se lancer dans la course.
    Juste pour mieux courir par la suite, comme le dit si bien madame Côté.
    Dans ce sens, je tiens à être rétrograde.

  3. Caroline Hébert 13 mars 2012 au 15 h 12 min #

    M. Chevalier,

    Votre commentaire manque de discernement. Notre demande est très mesurée et fondée sur des études que vous pouvez consulter sur le site. Il s’agit d’une demande de moratoire et non d’un rejet de la langue anglaise. Sachez que même des professeurs d’anglais partagent notre avis. La formation en anglais est déjà très importante au Québec et nous désirons qu’il y ait une réflexion avant d’aller encore plus avant dans cet axe, tout simplement!

    Nous craignons une détérioration de la formation générale de base au profit de l’apprentissage d’une langue seconde déjà bien présente, facilement accessible et connue!

    Caroline Hébert

  4. Marie-Hélène Côté 13 mars 2012 au 16 h 18 min #

    Madame Hébert, je salue votre commentaire.

    J’ajouterai aussi qu’il existe déjà une structure d’enseignement de l’anglais et ce, de la 1ère à la 6e année.

    Ne devrait-on pas revoir D’ABORD, cette structure? Pourrait-on resserrer le programme d’anglais sur tout le primaire? Pourrait-on le rendre plus efficient?

    Dans beaucoup d’écoles, il y a des spécialistes d’anglais qui n’ont même pas LEUR local pour enseigner…ils se promènent d’une classe à l’autre….pourrait-on offir à ces enseignants des conditions gagnantes pour enseigner leur matière????

    Il y a bien des choses à faire avant de couper de 50% dans le temps d’apprentissage des élèves de 6e année….